Vous rêvez de voir danser des voiles verts, roses ou violets au-dessus d’un paysage enneigé, de tendre votre objectif vers le ciel nocturne et d’immortaliser ce moment unique ? Les aurores boréales ont ce pouvoir : émerveiller, recentrer et donner envie de planifier un voyage rien que pour elles. Dans cet article je vous emmène pas à pas : je vous explique ce qu’elles sont, quand et où partir pour maximiser vos chances, comment les photographier, quel matériel emporter, quelles applications consulter pour les prévisions, et enfin des idées d’itinéraires et de séjours. Prenez un thé chaud, installez-vous confortablement — on part à la chasse aux lumières du Nord.
Qu’est-ce que les aurores boréales ? Un phénomène expliqué simplement

Avant de partir, une petite mise au point scientifique mais accessible : les aurores boréales sont le résultat de l’interaction entre le vent solaire (particules chargées émises par le Soleil) et la magnétosphère terrestre. Quand ces particules pénètrent l’atmosphère, elles excitent les atomes d’oxygène et d’azote qui émettent alors de la lumière. Les couleurs et les formes dépendent de l’altitude, du type de particules et de la vitesse de collision : le vert est le plus courant (oxygène vers 100–300 km), le rouge plus rare (oxygène à haute altitude), le bleu et le violet viennent de l’azote.
C’est un phénomène dynamique : arcs, rayons, couronnes, voiles et spirales se forment et se défont en quelques minutes. Comprendre cela vous aide à mieux anticiper et à vous positionner pour la photo. Mais sachez une chose : malgré toute la technique, une bonne part du spectacle reste aléatoire et magique — et c’est ce qui le rend si fort.
Quand partir : saisons, cycle solaire et météo
La question du « quand » est cruciale. Deux dimensions principales influencent vos chances : la saison (nuit plus longue) et l’activité solaire (cycle d’environ 11 ans). Ensuite viennent la météo locale (ciel dégagé) et la pollution lumineuse.
Saisons idéales
De manière générale, les meilleurs mois pour voir des aurores boréales vont d’octobre à mars en zones subarctiques et arctiques, car les nuits sont longues et sombres. En septembre et avril il est aussi possible d’en voir, surtout en début et fin de nuit. En été (mai–juillet), le soleil de minuit empêche généralement l’observation dans les régions les plus hautes.
Cycle solaire et prédictibilité
L’activité solaire suit un cycle d’environ 11 ans. Lors des pics d’activité (maximum solaire), les aurores peuvent être plus fréquentes et visibles plus au sud. Si votre voyage peut être planifié autour d’un maximum solaire annoncé, vos chances augmentent. Mais même en période calme, des éjections solaires ponctuelles peuvent produire de magnifiques aurores.
Météo locale et couverture nuageuse
Un ciel dégagé est indispensable. Les régions côtières peuvent être nuageuses à cause des perturbations maritimes ; l’intérieur des terres et les hautes latitudes offrent parfois des ciels plus stables. Vérifiez les prévisions locales, mais sachez que le temps peut changer vite — la flexibilité est votre alliée.
Où partir : les meilleurs lieux pour observer et photographier
Il existe de nombreuses destinations réputées. Le choix dépend de vos préférences : confort et infrastructures (tours organisés, hôtels confortables) ; nature sauvage et isolement ; activités annexes (chiens de traîneau, motoneige) ; budget et accessibilité. Voici une liste des lieux les plus populaires et efficaces pour voir des aurores boréales.
Tableau comparatif des lieux recommandés
| Région | Pays | Latitude approximative | Meilleure période | Points forts |
|---|---|---|---|---|
| Tromsø | Norvège | 69.7°N | Septembre – Avril | Accessibilité, tours organisés, paysages côtiers |
| Iles Lofoten | Norvège | 68°N | Septembre – Avril | Photogénie exceptionnelle, montagnes et fjords |
| Alta / Svalbard | Norvège | 69–78°N | Octobre – Mars | Grandes latitudes, longues nuits |
| Reykjavík et intérieur | Islande | 64°N | Septembre – Avril | Paysages variés (chutes, champs de lave), routes faciles |
| Abisko | Suède | 68.35°N | Septembre – Mars | Microclimat sec, très bonne visibilité |
| Laponie | Finlande | 66–69°N | Septembre – Mars | Hébergements insolites, activités hivernales |
| Yellowknife | Canada (Territoires) | 62.4°N | Août – Avril | Climat sec, excellentes prévisions |
| Fairbanks | Alaska, USA | 64.8°N | Août – Avril | Accessibilité, infrastructure touristique |
| Écosse (nord) | Royaume-Uni | 58–60°N | Septembre – Mars (selon conditions) | Plus au sud mais possible, paysages côtiers |
Conseils par destination
Norvège : Tromsø est la porte d’entrée classique, facile d’accès et avec beaucoup de tours. Si vous recherchez des paysages dramatiques, privilégiez les Lofoten. Pour l’aventure extrême, Svalbard offre des nuits polaires exceptionnelles (mais conditions difficiles).
Islande : idéal pour combiner aurores et paysages (Blue Lagoon, chutes, lagunes glaciaires). La densité touristique peut être élevée, mais la diversité des sites photo est fantastique. Roulez vers l’intérieur pour réduire la pollution lumineuse.
Suède et Finlande (Laponie) : excellemment adaptées aux séjours au calme et aux hébergements originaux (igloos de verre, cabanes). Abisko en Suède est célèbre pour son microclimat qui crée souvent un ciel clair malgré des conditions nuageuses alentour.
Canada et Alaska : excellents pour la stabilité météorologique (certains lieux ont des climats secs) et pour combiner avec d’autres expériences arctiques. Yellowknife et Fairbanks sont des bases solides avec des tours spécifiques pour la photo.
Photographier les aurores : techniques et réglages
La photographie d’aurores demande du matériel adapté et quelques règles de base. L’objectif : capter les couleurs et le mouvement sans bruit excessif et avec une bonne composition. Voici mes recommandations éprouvées.
Matériel recommandé
- Appareil photo : reflex ou mirrorless avec possibilité de réglage manuel en ISO, exposition et focus.
- Objectif grand-angle lumineux (14–35 mm / f/1.4–f/4) selon capteur et budget.
- Trépied solide : indispensable pour des poses longues en conditions ventées.
- Télécommande ou déclencheur à distance pour éviter les vibrations.
- Batteries supplémentaires (le froid les vide rapidement).
- Kit anti-condensation (sacs dessicants) et chiffons pour nettoyer l’objectif.
Réglages de base — tableau pratique
| Situation | Ouverture | Vitesse | ISO | Notes |
|---|---|---|---|---|
| Aurore modérée / mouvement lent | f/2.8 – f/4 | 5–15 s | 800–3200 | Equilibre entre mouvement et bruit |
| Aurore forte / mouvement rapide | f/1.8 – f/2.8 | 0.5–4 s | 800–3200 | Courtes poses pour figer les détails |
| Aurore faible | f/1.4 – f/2.8 | 15–30 s | 1600–6400 | Attention au bruit, surveillez l’histogramme |
| Paysage avec premier plan | f/2.8 – f/5.6 | 5–25 s | 800–3200 | Compromis entre profondeur de champ et temps d’exposition |
La mise au point : passez en mise au point manuelle et faites la mise au point sur une étoile ou sur l’infini avant la tombée totale de la nuit. Vérifiez sur le live view en zoomant 100% pour être sûr. Si votre objectif a une butée d’infini, repérez-la et notez la position.
Balance des blancs : le mode automatique fonctionne souvent, mais vous pouvez régler entre 2800 K et 4000 K selon la teinte souhaitée. Beaucoup de photographes préfèrent travailler en RAW pour ajuster la WB en post-production sans perte.
Techniques avancées
- Bracketing d’exposition pour s’assurer d’obtenir une bonne image (utile si vous voulez assembler une version HDR légère).
- Stitching panoramique si l’aurore couvre une large portion du ciel (prendre plusieurs images en mode paysage avec recouvrement 20–30%).
- Timelapse : idéal pour capturer la dynamique ; prenez une série d’images à intervalles réguliers (ex : 5–10 s) pendant 1–2 heures.
- Light painting du premier plan : utilisez une lampe douce pour éclairer ponctuellement un élément du paysage (cabane, arbre) sans brûler l’image.
Préparation pratique et conseils de terrain
Le froid et l’obscurité demandent une bonne préparation. Voici des conseils pratiques pour rester confortable, en sécurité et efficace pendant vos sessions photo nocturnes.
Vêtements et gestion du froid
- Superposition : base thermique, couche isolante (polaires), couche externe coupe-vent et imperméable.
- Bonnes bottes d’hiver, gants adaptés (gants photo avec doigts amovibles) et bonnet chaud.
- Sacs chauffants pour mains et batteries de rechange au chaud (gardez les batteries dans une poche interne).
Sécurité
- Soyez conscient de l’environnement : marquage du terrain, crevasses éventuelles si vous êtes sur glacier, faune locale (ours dans certaines régions).
- Évitez de vous isoler si vous n’êtes pas expérimenté : informez quelqu’un de votre position et utilisez un tracker si possible.
- Respectez les consignes locales (cartes de randonnée, guides) et privilégiez les sorties avec des guides pour les zones dangereuses.
Optimiser vos chances
- Rester plusieurs nuits : la nuit parfaite ne se produit pas toujours ; prévoir 4–7 nuits augmente fortement les chances.
- Se déplacer localement : si le ciel est couvert dans une zone, la météo peut être claire à 50–100 km — soyez prêt à bouger.
- Choisir un hébergement avec alerte aurore : beaucoup d’hôtels en zone arctique proposent des notifications quand l’activité augmente.
Applications et prévisions : comment savoir quand sortir
Plusieurs outils et services permettent d’anticiper l’arrivée d’aurores. Ils combinent des prévisions d’activité solaire (KP-index), des modèles d’ovation et des images satellites. Voici une sélection d’applications et sites utiles :
- NOAA Space Weather Prediction Center (SWPC) — prévisions et alertes.
- SpaceWeatherLive — visualisation et indices solaires.
- Aurora Forecast (apps mobiles diverses) — souvent basées sur KP-index et modèles locaux.
- AuroraWatch UK — service d’alerte pour le Royaume-Uni (utile si vous êtes en Écosse).
- ClearOutside, Yr.no, MeteoBlue — pour les prévisions locales de couverture nuageuse.
Apprenez à lire le KP-index : il donne une idée générale de l’activité géomagnétique. Plus il est élevé, plus les aurores peuvent être fortes et visibles à des latitudes plus basses. Mais rappelez-vous : le KP n’est pas une garantie locale, et la météo locale peut ruiner une bonne prévision.
Itinéraires types, idées d’expériences et activités annexes
Observer les aurores peut être le cœur du voyage ou une partie d’un séjour plus large. Voici des idées d’itinéraires et d’activités pour enrichir votre voyage.
Idée d’itinéraire court (3–5 jours) : Tromsø express
- Jour 1 : arrivée, visite de la ville, repérage des points de sortie photos.
- Jour 2 : sortie aurores avec guide, techniques photo, possibilité de motoneige.
- Jour 3 : excursion fjordique ou raids en bus pour chasser le ciel clair.
Itinéraire long (7–14 jours) : road trip en Islande
- Combiner Cercle d’Or, côte sud, lagune glaciaire Jökulsárlón et recoins isolés pour chasser les nuits.
- Prévoir des étapes flexibles selon la météo et les prévisions d’aurores.
- Ajouter des nuits en auberge de campagne (moindre pollution lumineuse).
Expériences uniques
- Hébergements insolites : igloos de verre, bulles transparentes, cabanes en bois au toit vitré.
- Photographie embarquée : vols panoramiques en avion ou en hydravion (coût élevé mais point de vue unique).
- Tours photographiques dédiés : accompagnement par des photographes professionnels pour apprendre et améliorer vos images.
Éthique et comportement responsable

Respectez les communautés locales et l’environnement. Ne laissez aucun déchet, minimisez la pollution lumineuse autour des sites d’observation, et évitez de déranger la faune. Si vous utilisez des drones, renseignez-vous sur la réglementation locale — souvent strictement encadrée en zones protégées.
Checklists pratiques
Pour vous aider à vous organiser, voici des listes et tableaux indispensables avant le départ.
Checklist matérielle (essentiels)
- Appareil photo + objectifs grand-angle
- Trépied solide
- Batteries supplémentaires et chargeur
- Carte mémoire supplémentaire
- Télécommande/déclencheur
- Vêtements chauds et gants photo
- Lampe frontale avec mode rouge
- Trousse de premiers secours et chargeur portable
Checklist mentale / logistique
- Préparez-vous à attendre et à vous déplacer la nuit
- Réservez plusieurs nuits pour maximiser les chances
- Apprenez à utiliser vos outils de prévision
- Informez quelqu’un de votre itinéraire si vous bougez seul la nuit
Erreurs fréquentes et comment les éviter

Quelques pièges récurrents : partir une seule nuit (faible probabilité de succès), oublier des batteries ou des vêtements chauds, négliger la mise au point, sur- ou sous-exposer sans vérifier l’histogramme. Anticipez, testez vos réglages avant l’heure critique et gardez un œil sur l’horizon : parfois le spectacle commence bas puis monte rapidement.
En résumé pratique
- Prenez plusieurs nuits, soyez flexible et mobile.
- Apprenez à lire les prévisions mais adaptez-vous au terrain.
- Investissez dans un bon trépied et un objectif lumineux.
- Protégez-vous du froid : les aurores sont longues mais le temps peut être glacial.
Ressources supplémentaires et communautés
Partagez vos images et apprenez des autres : forums photo, groupes Facebook spécialisés « aurora hunters », comptes Instagram dédiés, et plateformes de photographie comme 500px. Les clubs photo locaux dans les régions arctiques organisent souvent des sorties et partagent des conseils. Enfin, abonnez-vous aux bulletins d’activité solaire et aux alertes de sites spécialisés pour rester informé.
Conclusion
Aller capturer des aurores boréales, c’est accepter une part d’imprévu et se préparer pour maximiser ses chances : choisir la bonne période, la bonne destination, maîtriser matériel et réglages, et accepter de braver le froid et l’attente. En combinant technique (trépied, grandes ouvertures, ISO adaptés), préparation (plusieurs nuits, applications de prévision, hébergement avec alertes) et sensibilité au paysage (composition, premier plan), vous augmentez vos chances de repartir avec des souvenirs inoubliables et de belles images. Mais au-delà de la photo, prenez le temps d’apprécier le spectacle avec les yeux : parfois la meilleure image est celle qui reste gravée en vous.
